samedi 2 octobre 2010

Aimez-vous les histoires (1)

Bionic dentaire

Une aquarium à poissons tropicaux : il y a souvent des poissons dans les salles d'attente des dentistes. Pour calmer l'angoisse des patients sans doute. Pas de bruit, bulles discrètes, enroulement rubanés des exotiques créatures... Hum, ce pourrait être un salon de thé, entre deux courses : s'asseoir et prendre son temps. Le temps de rien, juste « le temps ». Mais c'est un salon de dentiste et personne n'attend. Accueil très convivial, mise en confiance, apprivoisement du nouveau client : le détendre, le rendre disponible sans crispation. Bonne idée.

« Madâââme, je vous en prie. » Bonne tête, l'oeil vif, l'air engageant. Fauteuil confortable sans relâchement, verre teinté, ordre, calme. Déjà son stylo voltige sur les radios clipsées sur la table lumineuse. Ma mâchoire ça ? Mes dents ? Danse macabre : un stylo, des dents, des os... Sur l'écran noir de sa radiographie j'ajuste mon regard quand mon esprit décroche. Bling, bling. Petits coups de stylo précis. « Cavité buccale, racines, nerfs... » Bling, bling, sssffouit... Une radio remplace l'autre. « Ici une dent déchaussée, une prothèse branlante, une racine mortifiée. »

La voix analyse, détaille, précise avec douceur, volonté de convaincre. Cette voix je l'ai déjà entendue : elle est de ces voix rassurantes qui créent un climat ouaté, des sortes de limbes maternelles, uniquement par la maîtrise du ton. Je me souviens d'une petite couturière autrefois : le long lacet centimétré qu'elle déplaçait lentement d'un point à l'autre du corps avec une adresse mesurée. Hauteur du dos. Le centimètre glisse. Un temps de silence : elle note. Tour de poitrine : elle écarte mes bras et glisse ses mains en remontant le long de mes côtes sous mes aisselles. Frisson. Elle enserre mon buste de son lasso froid. Silence. Tour de taille. Début de chatouillis réprimé. Longueur des manches, tour du cou, encolure : sa main électrise mes cheveux à petits coups froissés. Passe, frôle et revient. Des mots que je ne saisis plus flottent dans l'air moite. Derrière la vitrine embuée du magasin des silhouettes passent dans la rue en silence. Frivolité heureuse, relâchement, bonheur.

« Ce n'est pas simple car le bilan n'est pas bon. Il y a beaucoup de travail, il faut commencer par reprendre tout ce qui ne va pas car un soin ne peut pas être circonscrit à une dent sans tenir compte de l'équilibre de l'ensemble de la bouche. Il faut que toutes les parties fonctionnent, et, chez vous, il y a eu trop de soins successifs sans considération d'ensemble. Il faut donc tout reprendre, secteur par secteur. C'est un travail de longue haleine. Je vous montre tout ça. »

De beaux dessins pédagogiques de mâchoires décharnées avec les dents enveloppées dans leurs alvéoles. « Merveilleuse organisation du corps, chaque élément a sa place et son rôle est loin de s'arrêter à la simple réalisation de l'acte de mâcher, broyer, écraser la nourriture. Non ! C'est un élément d'un puzzle et s'il est mal fonctionnel, son incurie va se communiquer aux autres. Les bactéries s'y développent et tout le système digestif, puis le systèmes locomoteur et... bactéries, là et ici... anaérobies... »

Anaérobie ! Anaérobie, princesse libyenne figée dans le marbre noir des déserts. Silhouette révélée, voilée, dérobée... Déesse de pierre aux yeux froids.

« Les bactéries anaérobies vont faire leur miel de ce chemin que le déchaussement leur creuse : une voie royale vers les yeux, les articulations, le foie, le cerveau ! Les bactéries vous envahissent comme le sable remplit vos vêtements sur la plage : invasion silencieuse et aveugle, grincements perplexes des granules libérés quand vous les enfilez à nouveau... Chère madame, c'est à vous de décider. Je vous ai expliqué la situation. Mais la décision vous appartient. »

Chirurgien-dentiste. Oui, on dit bien « chirurgien ». Foie, poumons, rate, pancréas... Tout ça est déglingué. Il faut remettre le pancréas en état et remodeler sa forme pour lui rendre sa fonctionnalité initiale. Creuser le palais pour faire place à une prothèse fonctionnelle. Vous comprenez bien qu'on n'adapte plus les prothèses au patient : aujourd'hui c'est beaucoup plus efficace, on adapte le patient aux prothèses. Le paradigme a évolué. Pour le foie il suffit de le nettoyer, le passer dans un filtre qui en extraira tous les résidus mal drainés. Colmater la rate : il y a un petite fuite, une fissure qui s'annonce. Remplacer un ou deux éléments par du neuf : une appendice en téflon, qu'en dites-vous ? Des matériaux extraordinaire de résistance et de fiabilité. On fait des choses incroyables aujourd'hui et personne ne s'apercevra de rien vous verrez !

Ah, docteur ! Le son de votre voix. Ce souffle qui se meut doucement et porte vers mois les ondes sonores de votre larynx. Une larynx parfaitement accordé, juste humide ce qu'il faut pour sortir de votre gorge ces résonances cuivrées, arrondies par l'ouverture exactement calculée de la bouche qui en extrait le son. Le regard posé, amical, serein. La main douce et ferme qui appuie la parole.

« L'opération sera bénéfique, mesurez en bien les avantages et les inconvénients. Prenez votre temps et rappelez-moi. Nous fixerons un rendez-vous à la rentrée. Bonsoir, chère madame ».

La secrétaire tend la main : « carte Vitale, carte bleue ». « Votre code je vous prie ». Le penne de la porte glisse sans bruit et l'ascenseur m'aspire dans la fraicheur des étages. Vitale ? Fatale ? Le hall d'entrée, la porte vitrée.

La ville, la chaleur intense : déjà je transpire à grosses gouttes... Vite, dehors, loin, loin... Vite !

(1) si vous les aimez, j'en ai d'autres !

dimanche 26 septembre 2010

Surprise !



On croit poétiser autour des bouquets de cyclamens qui s'épanouissent partout et : pan ! Sur quoi on tombe ? Ouiiii....
Cèpes à tête noire et oronges énormes !
Ne dites pas que septembre est la fin de l'été : c'est le mois des cèpes, des oronges, du soleil radouci mais encore plus doré, de l'air frais sur les chataigniers remplis de pelous, des courses dans les sentiers, des promenades de nuages dans un ciel bleu clair. Il pleut ailleurs en France ? Non, vous croyez ?

dimanche 29 août 2010

Une espèce menacée : le bénévole associatif



Mais si, il y a encore des bénévoles dans les associations ! Seulement ils demandent de la reconnaissance, des moyens, et même des formations (cf. lien plus bas) !

Mais après tout pourquoi pas : les associations ne pourraient-elles pas être considérées comme des supports de formation "de proximité" pour accueillir des jeunes (ou moins jeunes) en recherche d'emploi ou d'évolution ? A condition que les responsables des associations soient eux-mêmes formés... à former les autres. Ca ne s'improvise pas.

Dans notre environnement rural et villageois il y a encore beaucoup d'associations (paraît-il) mais un certain nombre semblent en difficultés faute de "relève"... Il faut dire que l'âge moyen est élevé et que, des "djeuns", il n'y en a guère... Il faudra faire alors avec ces autres "jeunes" (rien à voir avec l'âge) qui sont des "pieds tendres" à peine arrivés dans la région : appartenir à une association c'est un bon moyen de "s'intégrer" dans la population locale.

A condition que les associations soient ouvertes, bien souvent il faut chercher la clef de la serrure longtemps... La "journée des associations" devrait être couplée avec celle de l'accueil des nouveaux venus... D'une pierre, deux coups ! Mais encore faut-il qu'il y ait des "journées" et des bénévoles pour les organiser !

http://www.place-publique.fr/spip.php?article5886
http://www.reseau-sara.org/reseau/fiches_membres/urba.html

La "slow-info" comme le "slow-food"



Un manifeste circule sur Internet pour susciter l'adhésion à un nouveau concept, celui de
"slow-info" . Quelques bonnes idées qu'il véhicule :

- l'anti zapping : "Les slow media ne peuvent être consommés de manière distraite, ils provoquent au contraire la concentration de l’usager. Tout comme pour la production d’un bon repas, qui demande une pleine attention de tous les sens par le cuisinier et ses invités, les slow media ne peuvent se consommer avec plaisir que dans la concentration" ,
- le souci du travail bien fait : " (elles) se distinguent de leurs homologues rapides et vite passés, que ce soit par une interface de qualité supérieure ou par un design esthétique inspirant."
- retrouver le sens du dialogue, même entre opinions différentes : "(Elles) cherchent interlocuteur avec qui entrer en contact... L’écoute est aussi importante que le discours dans les slow media. Aussi, slow signifie ici : être attentif et abordable, être capable d’observer et de questionner sa propre position sous un angle différent.
- le contraire d'une presse "d'entre soi", une diversité d'approche sociologique, culturelle, politique : "les slow media contribuent à la propagation de la diversité et respectent les cultures et les particularismes locaux."
- la "durabilité" c'est comme la beauté il faut l'être sans en être conscient : "(elles) ne perdent pas leur qualité avec le temps, mais obtiennent au contraire une patine qui augmente leur valeur".
- être "progressiste" c'est aussi ne pas se laisser aller dans le courant, ça frôle la réaction : "C’est en raison de l’accélération de différents domaines de la vie que les ilots de lenteur délibérée sont rendus possibles et essentiels pour la survie."
- trop d'infos (non contrôlées) tuent l'écoute et rendent idiot : "Des compétences intellectuelles comme la critique des sources, le classement et l’évaluation des sources d’information prennent de l’importance avec l’accès croissant à une information disponible en grande quantité."

J'ajouterais qu'il faut aussi une "slow-info" de proximité, pas seulement globale. Nous sommes hyper-informés de ce qui se passe, de ce qu'on pense, de ce qu'on produit à l'autre bout du monde, dans toutes les grandes villes, dans les arcanes du pouvoir et des médias, mais que savons-nous de ce qui se fait "chez nous" : à quelques kilomètres, dans la région où nous vivons ?

Comment diable font les élus qui nous représentent pour comprendre les ressorts économiques et sociaux de leurs circonscriptions : ont-ils des sources d'information privilégiées ? En tout cas il n'en ressort rien dans les journaux locaux ! Comment faire dans ces conditions pour participer à la vie démocratique ? Les yeux "wide shut" (grand fermés) ?

jeudi 10 juin 2010

Printemps des entrepreneurs

C'est le printemps et le "Pays" Aigoual Cévennes organise un forum "de l'innovation". Brochette d'entrepreneurs sur l'estrade qui témoignent de leurs engagements dans l'action et l'innovation (informatique, tourisme, transports, chauffage, commerce, produits innovants...).
Que manque-t-il aux Cévennes pour décoller ? Que les cévenols eux-mêmes soient persuadés que c'est possible ! Qu'il apparaisse visiblement dans le quotidien qu'il y a des acteurs économiques, des entreprises et pas seulement des services sociaux et territoriaux... Qu'on sache où les trouver, qu'on puisse se dire "je ne suis pas seul"...
Peut-être un "Club d'entrepreneurs", à l'instar du "Club cévenol", mais pas axé sur la culture et le patrimoine, sur l'initiative, l'emploi, l'échange d'expertise, le réseau... Et pourquoi pas ? Associons les deux : production viable et valorisation de l'environnement exceptionnel des Cévennes et de son patrimoine culture et historique. Dans les périphéries de certaines villes (Isère, Drôme...) on construit à grands frais des zones économiques "ambiancées" aux couleurs de l'espace naturel pour attirer des entrepreneurs d'aujourd'hui, dont les cadres et les employés sont attachés à leur qualité de vie et d'environnement. Ici on a tout ça, autant ne pas le gâcher !
Il manque des structures de "financements équitables" (villes/campagnes, territoires urbains/territoires ruraux, banques alternatives...) ou de "micro-crédits" qui s'intéressent aux territoires "écartés" des zones économiques communes, pour tisser un nouveau savoir-être économique dans les arrières pays. Et ça ne viendra pas "d'en haut", ça ne peut pas marcher de cette façon. Il faut que les acteurs économiques sur le terrain se prennent en mains, aidés par les instances institutionnelles, pour construire ce réseau que tout le monde appelle de ses voeux : "réseau, réseau, réseau" ! Il ne suffit pas de crier "réseau" en "sautant sur sa chaise comme un cabri !" (citation de Charles de Gaulle à propos de l'Europe !).

Qu'est-ce qui motiverait les résidents estivaux "durables", attachés à l'espace cévenol, à le regarder autrement que comme le seul décor de leurs loisirs ou de leurs souvenirs d'enfance, pour lui donner aussi le coup de pouce qui lui construirait un avenir avec les jeunes générations qui s'y installent ou qui veulent y demeurer, et qui ont des projets ? Mais c'est une économie de territoire garantissant la qualité de l'espace qu'il faut promouvoir, pas celle de "zones" vaguement définies comme dédiées à l'activité économique dont la qualité paysagère et la qualité de vie ont été oubliées.

vendredi 4 juin 2010

Absolument fabuleux ! "Logorama"

Logorama from Marc Altshuler - Human Music on Vimeo.


« Logorama », le film à l’oscar du collectif H5, 2009, un grand moment d'animation, d'invention, de "vision" et d'humour ! Bravo, bravo ! Regardez le film jusqu'au bout il en vaut vraiment la peine. Et puis la musique "USA années 30-40" tout ce que j'aime pour le style, la nonchalence, le détachement sucré... Etait-ce une époque où le plaisir de vivre était politiquement correct ?

Auto-portrait aux liserons